—Je me suis vendu à vous pour un an, répondit maître Claude d'une voix sombre. Je vous appartiens. Ordonnez donc: j'obéirai... mais... n'oubliez pas qu'après la mort de la tigresse vous m'appartenez, vous!... gronda-t-il.

Farnèse haussa les épaules et dit:

—Si je n'avais pour un temps raccroché ma vie à l'espoir de venger ma fille, je me livrerais à toi à l'instant, et je te bénirais de me délivrer de la vie... Ne crains donc pas que j'essaie de déchirer le pacte qui nous lie...

—Bon! commandez donc, et j'obéis!... dit le bourreau.

—Commençons par entrer dans ce couvent.

Alors, à distance et sous le couvert des vieux arbres, ils contournèrent l'abbaye.

Nous avons expliqué que le couvent était en triste état, comme si, depuis des années déjà, il eût été abandonné; les jardins, jadis si beaux, n'étaient plus qu'une forêt de ronces. Le potager, qui se trouvait sur les derrières du couvent, demeurait seul assez bien cultivé, les habitantes de ce lieu étrange se nourrissant principalement des légumes qu'elles faisaient pousser. Ce potager était clos d'un mur d'enceinte comme le reste du couvent; mais, à ce mur, il y avait, de place en place, de larges brèches qui, sous les pieds de mystérieux visiteurs, avaient fini par former de véritables passages ouverts.

Ce fut vers l'une de ces brèches que maître Claude se dirigea, suivi du prince Farnèse, pensif.

Non loin se trouvait un vieux pavillon d'élégante architecture, jadis construit par quelque abbesse qui venait y chercher le repos et la solitude, mais qui, maintenant, n'était plus qu'une ruine. Claude, d'un coup d'épaule, défonça la porte vermoulue. Ils entrèrent.

—Attendez-moi là, dit maître Claude.