—Elle est morte, dit Fausta implacable. J'ai voulu savoir si, vous, mon premier disciple, vous étiez assez dégagé des faiblesses humaines pour sacrifier même votre fille à la cause sacrée pour laquelle vous deviez dévouer votre sang jusqu'à sa dernière goutte... Si je vous avais vu tel que je vous espérais, Farnèse... qui sait de quoi j'eusse été capable, et quelle magnifique récompense j'eusse trouvée pour vous! Qui sait même si un miracle ne vous eût rendu celle que vous pleurez!...

—Rêves insensés! dit-il sourdement. N'espérez pas, madame, échapper à la sentence en me berçant d'un puéril espoir.

A ces mots, le cardinal fit un mouvement comme s'il allait appeler le bourreau. Mais, en même temps, Fausta se leva. Et elle marcha si flamboyante dans sa sérénité, si terrible dans sa majesté, que le cardinal s'arrêta et qu'une secrète horreur l'envahit tout à coup.

—Puisque votre rébellion vous damne, dit-elle glaciale, puisque vous n'avez pas voulu que fût tenté le miracle de joie, eh bien! que s'accomplisse donc le miracle de désespoir, vivez avec celle qui est la mort de votre âme!

—Que voulez-vous dire? balbutia Farnèse.

—Cherche en toi-même! Tu la crois morte depuis seize ans!... Regarde.

D'un geste rapide elle fit tomber le masque de Saïzuma.

—Léonore! rugit Farnèse en reculant, tandis que Saïzuma s'avançait vers lui.

—Qui donc a prononcé mon nom? demanda la bohémienne.

Farnèse livide, les yeux exorbités, se cacha le visage dans les mains. Et, quand Saïzuma fut tout près de lui, il tomba à genoux.