—Oui, vraiment, c'est à nous qu'ils en veulent... Allons-nous-en, soeur Philomène.
Soeur Philomène, d'un geste rapide, défripa sa pauvre vieille jupe et, d'un coup de main, rentassa sous la coiffe les mèches de cheveux qui voltigeaient au vent.
—Restons au contraire, dit-elle. Il faut savoir s'ils auront l'audace de ne pas nous respecter.
Pardaillan et le duc d'Angoulême s'avançaient en effet vers les deux religieuses. Soeur Mariange regarda en face les deux arrivants. Soeur Philomène baissa pudiquement les yeux.
Soeur Mariange était une petite personne grasse et replète, tout en embonpoint, avec une figure rougeaude. Soeur Philomène, anguleuse et sèche comme un sarment, avait dû toujours être laide, et elle en gardait une rancune à tout l'univers. Elle ignorait d'ailleurs parfaitement la vie, et, par certains côtés, elle était d'une innocence enfantine.
Pardaillan souleva son chapeau avec politesse.
—N'approchez pas! Arrêtez! cria Philomène.
Le bon Pardaillan, qui s'était déjà arrêté devant cette injonction palpitante, demeura interloqué. Charles d'Angoulême, à son tour, salua et dit:
—Madame...
—Ne me parlez pas! interrompit la vieille femme avec un geste de pudeur outragée. Qu'espérez-vous? parlez! Je lis vos intentions perverses sur vos visages!