L'ÉTÉ DE LA SAINT-MARTIN
Pendant que Charles et Pardaillan pénétraient dans le vieux pavillon, les deux laquais, c'est-à-dire Picouic et Croasse, demeuraient au-dehors en sentinelle. Le premier avait été posté au pied de la brèche. Le second devait rester à l'entrée même du pavillon.
Croasse qui, bien à contrecoeur, était passé foudre de guerre, commença par jeter tout autour de lui un regard menaçant. Et il mit la dague à la main. Cependant, ayant constaté que le potager, en fait d'ennemis, ne présentait à ses regards que de modestes herbages légumineux, il commença à se dire que le moment d'une nouvelle bataille, n'était sans doute pas arrivé. Il éteignit donc le feu de son regard, et tout doucement rengaina sa dague, en murmurant:
«Je les verrai bien toujours venir.»
En attendant, par mesure de simple prudence et pour ne pas s'exposer inutilement, il quitta à petits pas le poste où il avait été mis en surveillance et se dirigea vers un hangar où étaient remisés les ustensiles de jardinage: faible abri, mais abri tout de même. Or, juste comme il allait atteindre le hangar et s'y terrer, une ombre parut. Croasse bondit. Ce n'était pas l'ennemi: c'était soeur Philomène.
—Arrêtez, pour l'amour de Dieu, s'écria-t-elle en voyant Croasse tirer un pistolet de sa ceinture.
Croasse, voyant qu'il n'avait affaire qu'à une femme déjà âgée et paraissant toute saisie de frayeur, remit le pistolet à sa place. Cependant soeur Philomène avait joint les mains avec admiration:
—Comme vous devez être brave! dit-elle.
—Malheur à moi! songea Croasse. Cela se voit donc?... Que me voulez-vous, ma digne femme? ajouta-t-il tout haut.
Philomène demeura interloquée. Elle n'avait pas prévu cette question si simple. Au fait, que voulait-elle?...