Le premier regard de Violetta fut pour la Simonne, blanche comme cire.

—Morte! râla-t-elle. Ma mère est morte!...

—Et moi, je te dis qu'elle dort! ricana Belgodère. Dehors, la chanteuse, dehors! Au travail.

Violetta s'abattit sur ses genoux et se prit à sangloter:

—O pauvre, pauvre maman Simonne, vous n'êtes donc plus! Vous abandonnez donc votre petite Violetta! Mère, vous ne me prendrez donc plus dans vos bras?

A ce moment, la bohémienne Saïzuma apparut a l'entrée de la roulotte et, sans paraître voir Belgodère, ni Violetta, ni la morte, alla s'asseoir dans le fond. Alors, un long frisson l'agita, et elle murmura:

—Pourquoi cet homme m'a-t-il regardée?... Pourquoi l'ai-je regardé, moi?... Au fond de quel enfer ai-je déjà éprouvé la brûlure de ses yeux noirs? Oh! déchirer ce voile funèbre qui recouvre ma pensée!

D'un geste de folie, elle pressa son front à deux mains; et, comme si son masque lui eût pesé, elle le dénoua, son visage fut visible! Étrange, avec ses traits qui paraissaient pétrifiés, ses yeux sans vie ou brûlait seulement la flamme d'un insondable désespoir, ce visage gardait une beauté avec on ne savait quoi de tragique, de mystérieux, d'infiniment doux et d'inconcevable...

Violetta sanglotait doucement, les lèvres collées sur la main glacée de celle qu'elle nommait sa mère. Belgodère allait et venait, mâchonnait de sourds jurons, stupéfait de sa propre hésitation. Brusquement, il décrocha la guitare dont Violetta s'accompagnait d'habitude et grommela:

—En voilà assez! Si tu pleures tant, tu ne pourras plus chanter. Allons, la chanteuse, on t'attend! Des seigneurs, des ducs, des princes: noble compagnie, bonne récolte!