—O Philomène! que ne puis-je cueillir la fleur de votre modestie et les fruits de votre vertu!

C'était une déclaration que Croasse jugea audacieuse et Philomène décisive. Tous deux un instant demeurèrent ébahis, effarés; Philomène était confuse et palpitante de sentir qu'elle tombait dans les abîmes du péché. Croasse, de plus en plus audacieux et se sentant irrésistible, saisit une main de Philomène.

Très astucieusement, Philomène tirait Croasse vers un coin désert de la communauté dont l'approche était depuis quelques jours sévèrement interdite aux religieuses. Philomène trouvait avantage à gagner ce lieu où s'élevait une petite construction entourée de palissades, afin de pouvoir continuer l'entretien avec Croasse à l'abri de toute indiscrétion. Grâce à de savants détours, Philomène put atteindre la région désirée.

—Il ne s'agit plus maintenant que d'entrer dans l'enceinte, murmura-t-elle faiblement. C'est une charmante retraite où personne ne pourra venir surprendre nos paroles...

Philomène avait cramponné sa main sèche au bras de Croasse. Sans plus d'explication, elle le traîna jusqu'à la porte de la palissade. Cette porte se trouvait fermée.

—Attendez! fit Croasse bouillonnant d'ardeur et d'audace, je vais sauter par-dessus la palissade, et quand je serai à l'intérieur je pourrai facilement vous ouvrir.

Déjà Croasse entreprenait l'escalade; quelques instants plus tard, il sautait dans l'enclos, et sans perdre une seconde se prépara à ouvrir à Philomène. A ce moment, il entendit derrière lui le bruit précipité de pas légers. Il se retourna et étouffa un cri de stupéfaction: une jeune fille accourait vers lui, cheveux épars, mains jointes, regard suppliant... une enfant adorablement belle dans sa terreur même.

—O monsieur, supplia-t-elle, qui que vous soyez, sauvez-moi! Emmenez-moi d'ici!...

—La petite chanteuse!... Violetta!... s'écria Croasse.

A cette voix, la jeune fille parut reconnaître soudain celui à qui elle s'adressait ef s'arrêta.