—Monseigneur, reprit-il, j'ai d'étranges choses à vous rapporter. Il y a de rudes émotions dans Paris!

—Bon! Et que veulent encore nos Parisiens?

—Ils veulent un roi, monseigneur!

—Un roi, un roi! gronda Guise. Ils en avaient un, ils l'ont chassé. Oui, je sais ce que tu vas dire. C'est moi qu'ils veulent. Eh! pardieu, qu'ils attendent!

—Aussi les Parisiens attendent-ils que vous vous rendiez au Louvre; mais, pour prendre patience, ils s'amusent ou plutôt nous cherchons à les amuser. Je leur ai promis les Fourcaudes à pendre un peu, dit Bussi-Leclerc en ricanant.

Les Fourcaudes, c'étaient les deux filles du procureur Fourcaud, lequel avait été arrêté deux mois avant la fuite de Henri III et enfermé à la Bastille comme suspect d'hérésie; le jour où on l'avait arrêté, ses deux filles avaient crié qu'elles aussi étaient de la religion nouvelle, c'est-à-dire protestantes; on les avait donc traînées à la Bastille, où leur père n'avait pas tardé à succomber.

Sommées d'abjurer, moyennant quoi on leur offrait la liberté, les filles de Fourcaud avaient répondu qu'elles préféraient mourir. L'une de ces infortunées s'appelait Jeanne; elle avait dix-sept ans et était jolie à damner un saint; l'autre s'appelait Madeleine et avait vingt ans.

—Je leur ai promis les Fourcaudes, continua Bussi-Leclerc. Ils étaient tout à l'heure dix mille qui m'assourdissaient de leurs cris et qui se démenaient le long des fossés de la Bastille. J'ai fait entrer une douzaine des plus enragés, je leur ai demandé ce qu'ils voulaient.

—Nous voulons pendre et brûler les hérétiques «Fourcaudes», ont-ils dit tout d'une voix...

—Et alors? dit Guise en bâillant.