A ce moment, Charles d'Angoulême était à quelques pas de Pardaillan. Il tournait le dos au côté de la place par où arrivaient les Fourcaudes.
Son regard flamboyant s'était fixé sur le duc de Guise dont il appelait le regard; sa main tourmentait la garde de sa rapière; des pensées de folie envahissaient son cerveau; il méditait l'acte insensé: bondir sur cette estrade, braver et provoquer le duc, le ravisseur de Violetta et l'assassin de Charles IX!
Ce fut à ce moment que la ribaude Loïson, se haussant sur la pointe des pieds pour voir, elle aussi, les condamnée, vit venir Madeleine... La ribaude esquissa le signe de croix, car elle était bonne catholique. Mais sa main s'arrêta soudain dans le geste qu'elle commençait. A cet instant même, elle venait d'apercevoir la deuxième condamnée... celle qu'on appelait Jeanne Fourcaud...
—Oh! murmura-t-elle, voilà qui est étrange!
Pardaillan, lui aussi, venait d'apercevoir la condamnée. Pardaillan n'avait jamais vu Violetta. Mais il tressaillit et jeta un rapide regard du côté de Charles. Les paroles de Fausta résonnèrent à ses oreilles... ce rendez-vous sur la Grève à dix heures... dix heures sonnaient à la grande horloge de l'hôtel des prévôts. Et ce fut dans cette seconde où un doute effroyable traversait l'esprit de Pardaillan que la ribaude Loïson murmura:
—Oh! voici qui est vraiment étrange!... Je connais cette jeune fille!...
—Tu la connais! haleta Pardaillan.
—Certes!... Elle était à l'auberge de l'Espérance avec le bohémien, avec les deux grands escogriffes, avec la diseuse de bonne aventure que vous avez emmenée... Ils l'appelaient Violetta...
Le visage de Pardaillan se transfigura. Un sombre désespoir le convulsa. D'un rapide regard circulaire, il embrassa la Grève et cette foule énorme, pareille à un océan démonté. Et ce regard s'emplit d'une immense pitié lorsqu'il se posa sur Charles d'Angoulême.
—Allons, dit-il à haute voix, tentons l'impossible...