Le Balafré demeura une minute songeur. Peut-être eût-il préféré frapper lui-même.
—Eh bien? reprit Marie de Montpensier, dois-je faire signe à l'ange?
—Oui, gronda sourdement le duc de Guise. Peu importe après tout le bras qui frappe, pourvu que l'arme soit mortelle!
XLIV
LE TIGRE AMOUREUX
Il était près de onze heures. Paris dormait. Le Balafré, dans ce cabinet où s'était tenu le conseil de famille, où avait été décidé l'assassinat de Henri III, se promenait de long en large, d'un pas lent et alourdi. Depuis le départ de ses frères, de sa soeur et de sa mère, il rêvait et toute sa pensée morose pouvait se condenser ainsi:
«Être roi!... Oui, sans doute, ce sera magnifique. Oui! Mais cela va me conduire hors de Paris et m'éloigner d'une petite bohémienne. Ah! pour me rapprocher du trône, il faut que je m'éloigne de Violetta!...»
Deux hommes, demeurés près de Guise à cette heure tardive, debout dans un angle de la pièce, attendaient que le duc leur donnât congé pour se retirer. C'était Maineville et Bussi-Leclerc.
—Il songe à la couronne, notre roi! murmura Bussi-Leclerc.
—Oui, mais il est onze heures! dit Maineville à voix basse; et il désigna d'un coup d'oeil l'horloge, qui, en effet, se mit à sonner les onze coups.