—Voici le numéro dix-sept! dit tout à coup Comtois en s'arrêtant devant une porte.

—Ouvre! dit Maurevert d'une voix rauque.

Il prit le falot des mains du geôlier, et, comme celui-ci ne se hâtait pas assez à son gré, il poussa lui-même les verrous. La porte s'ouvrit toute grande. Maurevert, le falot à la main, fit deux pas dans cette sorte de trou qui était un cachot. La faible lueur de la lanterne éclaira le trou, les pierres rongées portant des inscriptions. Et son regard s'arrêta au fond du cachot.

Là, contre la paroi, deux anneaux scellés dans le mur supportaient deux chaînes rouillées. Les deux anneaux inférieurs encerclaient les deux chevilles d'un homme. Et, cet homme, debout, appuyé à la paroi, cet homme sur qui Maurevert levait son falot, cet homme le regardait...

Bussi-Leclerc entra et fit sortir le geôlier. Maurevert tremblait légèrement. Il considérait le prisonnier avec un sourire indescriptible. Le prisonnier souriait aussi, mais d'une autre manière. Maurevert, au bout d'un instant de contemplation, accrocha son falot à un clou. Et il dit:

—Te voilà donc, Pardaillan. Depuis seize ans que nous passons le temps à courir l'un après l'autre, nous nous retrouvons donc enfin...

—Tiens! fit paisiblement Pardaillan, voici M. Bussi-Leclerc, geôlier en chef de ce gai séjour!

Maurevert grinça des dents et dit:

—Tu n'oses ni me regarder, ni me parler, sire de Pardaillan. Mais, moi, je te parle et te regarde. Je suis venu pour cela. Tu m'écouteras donc, malgré toi...

—Monsieur Leclerc, dit Pardaillan, l'épée qui vous bat les mollets est bien longue, moins longue pourtant que celle que je vous fis sauter des doigts dans le moulin.