Maurevert s'arrêta un instant. Il espérait, cette fois, porter un coup terrible à Pardaillan, et, puisqu'il ne souffrait plus dans son passé, le faire souffrir dans le présent.

—Il est juste, reprit-il, que tu saches qui est ma femme. Tu la connais. Elle s'appelle Violetta; je viens de l'épouser il n'y a pas plus d'une heure.

Pas un geste, pas un battement de paupière ne vint prouver à Maurevert que Pardaillan eût entendu. Mais l'effort que le chevalier devait faire à cette minute pour commander à son visage devait être affreux.

—Quand tu seras mort, continua Maurevert, je partirai avec Violetta. Si elle m'aime ou ne m'aime pas, peu importe à moi!... Au contraire, je souhaite sa haine, car ce me sera un double plaisir que d'être le maître de cette fille, malgré son amour pour un autre... L'autre, c'est un de tes plus chers amis... Tiens... écoute... l'entends-tu qui hurle?... Tu ne dis rien?...

La poitrine de Pardaillan se gonfla.

—Donc, reprit Maurevert, la jolie bohémienne porte mon nom et, tout à l'heure, je l'emmène: c'est mon bien, c'est ma chose. Et d'une! Le petit Valois est là-haut, dans un cachot pareil au vôtre, vous pouvez. l'entendre hurler.

Maurevert surveillait Pardaillan du coin de l'oeil et s'enivrait d'une jouissance prodigieuse.

Pardaillan souriait. Mais Maurevert ne remarqua pas qu'il s'était appuyé du dos au mur pour ne pas tomber.

Maurevert écumant, grinçant, se laboura le visage à coups d'ongles.

—Oh! démon!... Je t'arracherai bien une plainte!