—Quand? Après-demain soir; notre grand Henri veut voir appliquer la question. Toi aussi, hein?
—Sans doute. J'accompagnerai le duc comme je l'accompagne partout.
Maurevert balbutia quelques paroles d'adieu et se retira; puis, une fois hors de la Bastille, il prit, aussitôt le chemin de Montmartre. Bussi-Leclerc demeuré seul haussa les épaules et grommela:
—Le Pardaillan a dû l'étourdir d'insultes!... Pardieu, c'est bien sûr qu'il m'a pris en traître, au moulin... Je ne connaissais pas son coup... mais je le connais maintenant!...
Bussi-Leclerc se coucha. Il paraît qu'il passa une mauvaise nuit, car, trois ou quatre fois, il dérangea son valet de chambre pour se faire apporter du vin. Le lendemain, il passa toute la journée dans la galerie d'armes à la Bastille. Il fit venir successivement les prévôts et les maîtres les plus réputés de Paris. A tous, il disait:
—Je vais vous montrer le coup; je l'ai étudié; je le tiens!
Et, en effet, prévôt ou maître, à peine l'adversaire était-il en garde que Bussi, après quelques passes rapides, lui faisait sauter l'épée des mains. Ce jour-là, la renommée de Bussi-Leclerc fut à son apogée.
—Oui, lui dit Maineville, mais, en somme, tu fus désarmé un jour.
—C'est vrai, dit Bussi-Leclerc en grinçant des dents; mais celui qui m'a désarmé ne pourra jamais s'en vanter.
La nuit vint. Leclerc dîna sobrement, puis dormit quatre heures. Puis, il se fit masser et frotter d'huile comme les lutteurs antiques. Ensuite, il demeura une heure au repos, étendu sur son lit, ruminant et grommelant parfois: