LA BASTILLE
—Vous m'attendiez? dit Bussi-Leclerc s'adressant à Pardaillan.
—Ma foi, oui, monsieur, je vous attendais!
Bussi-Leclerc jeta autour de lui un regard de défiance:
«J'ai peut-être eu tort de laisser mes hommes là-haut, grommela-t-il. Si je les faisais descendre? Oui, mais si je n'arrive pas à le désarmer?... Double honte!...»
Pardaillan comprit que, même enchaîné, même dans l'état de faiblesse où il était, il semblait encore redoutable, et il trembla de voir Bussi-Leclerc s'éloigner.
—Je vous attendais, reprit-il; ne m'avez-vous pas annoncé que je dois être questionné? Puisque vous voilà, je suppose que le bourreau n'est pas loin...
—Ah! bon! fit Leclerc. Eh bien, non, mon cher monsieur, ce n'est pas pour cette nuit. Rassurez-vous. Vous avez encore quelques heures devant vous... Venons-en donc à ce que je vous disais. Vous avez entendu ma proposition. Acceptez-vous de me donner ma revanche?
—Je vous ferai observer, monsieur, dit Pardaillan qui tremblait de joie maintenant, que je suis dans une position d'infériorité complète.
Bussi-Leclerc avait tressailli de joie. Cette simple remarque, si juste et si naturelle de Pardaillan, lui semblait un aveu.