Il avait baissé la pointe de son épée. Pardaillan l'imita et répéta:

«Malheur sur moi!...»

Bussi-Leclerc riait terriblement. La première partie de sa revanche était gagnée, puisque le coup de Pardaillan n'avait pas réussi. Peut-être s'il eût été de sang-froid eût-il pu remarquer que son adversaire y avait mis une étrange maladresse. Mais Bussi-Leclerc n'en pensait pas si long. Il dit:

—Je vais maintenant vous désarmer, sire de Pardaillan, comme vous m'avez désarmé, et nous serons presque quittes. Seulement, comme il faut que je prouve à tous que je vous ai vaincu, je vous rendrai votre épée. Puis. je vous blesserai... En garde!... Ah! démon d'enfer...

Ces derniers mots furent un véritable hurlement de rage et d'étonnement. A mesure qu'il avait parlé, Bussi avait exécuté. D'un froissement auquel peu d'épées eussent résisté, il avait abattu la lame de son adversaire, et, espérant le surprendre au front après lui avoir annoncé qu'il allait d'abord essayer de le désarmer, il s'était fendu à fond; en même temps, son épée sauta!...

Pour la deuxième fois, Bussi-Leclerc, l'invincible, était vaincu, désarmé!... Pardaillan n'avait pas bougé. Appuyé de la main gauche au mur, il restait en garde et disait avec cette terrible froideur qui, chez lui, révélait l'émotion:

—Ramassez votre épée, monsieur. Vous le pouvez, puisque je suis enchaîné...

Cette effrayante émotion de Pardaillan venait de ce qu'il pensait. Et ce qu'il pensait, le voici:

«Idiot! Trois fois stupide! Je n'ai pu résister au plaisir de donner une leçon à ce spadassin!... Tout est perdu! Les voilà qui descendent!... Il va s'en aller!»

En effet, au hurlement de Leclerc, des voix effarées avaient répondu dans l'escalier. Comtois et les arquebusiers, s'imaginant qu'on égorgeait le gouverneur de la Bastille, accouraient.... Bussi-Leclerc, ivre de honte, ramassa vivement son épée, la rengaina et ouvrit la porte.