Reposé, il se rua, dans le silence effroyable, il n'y eut que le battement bref des fers, et le halètement du fauve qui voulait du sang. Et, cette fois, Pardaillan recula, se renfonça dans son angle!...

—Je le tiens! gronda Leclerc.

Il avança de deux pas pour le corps à corps final:

—Je le tiens! rugit-il. Je le cloue au mur!

Au même instant, Bussi-Leclerc, en se jetant en avant, ivre, les yeux injectés, se sentit saisi par deux bras puissants; il pantela, puis sa tête retomba sur son épaule. Alors Pardaillan desserra l'étreinte... Il laissa glisser Leclerc sur le soi et, se baissant, le toucha au coeur:

—Bon, dit-il, pas mort! Il en reviendra, et je serai son homme s'il lui convient de recommencer...

Pardaillan se redressa alors, s'avança aussi loin qu'il put, allongea la main, et atteignit le trousseau de clefs. En un instant, il eut ouvert les énormes cadenas des anneaux qui encerclaient ses chevilles. Alors, il voulut s'élancer. Et une sorte de désespoir furieux descendit dans son âme:

Pardaillan ne pouvait plus marcher! Il pouvait à peine se soutenir... Il connut un instant de désespoir, d'angoisse, puis il se domina, trempa ses mains dans l'eau qui croupissait dans les flaques du sol. Et cette fraîcheur acheva de le ranimer. Alors, il se releva.

«Je veux, dit-il, les dents serrées par l'effort de la volonté... Je veux! donc, je peux!... je veux marcher!...

Et ce miracle naturel de l'action violente opérée par une âme sur un corps s'accomplissait!... Pardaillan épuisé se levait, il marchait..., il saisissait le falot et le trousseau de clefs..., il sortait de sa tombe!... Et, ayant refermé la porte à triple tour, la porte du cachot où gisait Leclerc évanoui, il eut un soupir qui exprimait un monde, et, flamboyant d'espérance, d'un pas souple, nerveux, il se mit à monter.