Que faisait pendant ce temps celui qui était cause de ces terreurs? Pardaillan, nous gémissons de l'avouer, Pardaillan mangeait un pâté d'anguilles à l'auberge du Pressoir-de-Fer. Occupation, certes, qui n'avait rien d'héroïque.

Nous avons vu que Pardaillan et Charles d'Angoulême, en sortant de la Bastille, avaient enfilé la rue Saint-Antoine. Elle était pleine de groupes effarés qui criaient «Aux armes» et couraient aux remparts. Grâce à cette foule, ils passèrent inaperçus dans les groupes. Au bout de cinq cents pas, Pardaillan s'arrêta soudain et s'accota à un mur.

—Qu'avez-vous? dit Charles. C'est l'émotion, n'est-ce pas, cher ami?... ou plutôt... la perte de sang!...

—Non, fit Pardaillan, j'ai faim, voilà tout!

—Nous ne sommes pas loin de la rue des Barrés, dit Charles mais j'ai tout lieu de supposer qu'après ce qui m'est arrivé, mon hôtel est pour nous deux la retraite la moins sûre de tout Paris.

—Au fait, dit Pardaillan qui, à ces mots, fit un effort pour surmonter sa faiblesse, que diable vous est-il arrivé? Comment se fait-il que, vous ayant laissé galopant le long de la Seine et ayant entraîné à mes trousses toute la bande enragée, je yous aie trouvé dûment embastillé?

—Entrons dans ce cabaret, fit Charles, et je vous raconterai mon malheur tout en nous restaurant de notre mieux; car, ajouta-t-il, moi aussi, j'ai faim.

—Un instant, mon duc! Avez-vous de l'argent? moi, je n'ai pas le moindre ducaton, le plus maigre liard.

Charles se fouilla vainement.

—Les scélérats m'ont dépouillé, quand ils m'ont descendu dans le cachot, dit-il.