—Eh! par les cornes du diable, c'est justement pour cela qu'il nous faut aller dîner. Entrons! ajouta-t-il brusquement.
Et il se dirigea vers le cabaret.
Au moment où ils allaient franchir le perron un crieur public apparut, escorté de quatre pertuisaniers, et sonna de la trompe à trois reprises. Si désert que fût l'endroit, les ruelles voisines dégorgèrent aussitôt un flot respectable de curieux et de commères qui entourèrent le crieur.
—Écoutons, dit Pardaillan. Les crieurs racontent souvent des choses fort curieuses, d'autant que celui-ci est escorté de gardes aux armes de notre bien-aimé duc de Guise...
Lorsque le crieur jugea qu'il était environné d'un nombre suffisant d'auditeurs, il se mit non pas à lire, mais à réciter à haute voix un cri qu'il avait sans doute appris par coeur.
«Nous, maître Guillaume Guillaumet, crieur patenté de la ville de Paris, par ordre exprès de Mgr duc, régent de cette ville en l'absence de Sa Majesté le roi... Ordre ci-présent, signé de sa main et scellé de son sceau ducal, faisons savoir à tous et toutes présents, les sommant de le répéter à tous et toutes non présents:
«Le sire de Pardaillan, ci-devant comte de Margency, est déclaré félon, traître et rebelle aux intérêts de l'Eglise et de la Sainte-Ligue.
«Il est mandé à tout féal serviteur de la foi ecclésiastique ou laïque, de saisir au corps ledit sire de Pardaillan et de le livrer à l'Official.
«Que, s'il ne peut être saisi vif, soit livré mort.
«Que ledit sire de Pardaillan est de taille moyenne, plutôt grand, large des épaules, portant costume de velours gris et chapeau à plume de coq; qu'il porte moustache à retroussis et barbiche à la royale, qu'il a le front haut, les yeux éclairs, la figure insolente; et qu'à ces signes on ne peut manquer de le reconnaître, en quelque lieu qu'il se cache.