—Puisque Votre Altesse le désire, fit la Roussette. Mais nous ne dirons pas comment est fait le sire de Pardaillan...

—C'est inutile.

—Eh bien, donc, mon gentilhomme, vous n'êtes pas sans avoir remarqué que notre auberge est à l'enseigne du Pressoir-de-Fer? Eh bien, c'est en souvenir du chevalier de Pardaillan... La chose se passa dans la nuit du 24 août 1572.

—La nuit où on commença à exterminer les damnés huguenots, ajouta Pâquette.

—A cette époque-là, nous connaissions une femme qui s'appelait Catho.

Dans l'oeil de Pardaillan s'alluma une singulière flamme d'attendrissement. La Roussette continua:

—Nous aimions Catho comme une soeur. Et Catho aimait le chevalier de Pardaillan, sans le lui avoir jamais dit. Et Catho se serait fait tuer pour le chevalier. La preuve, c'est qu'elle se fit tuer...

—Ah! Elle se fit tuer! murmura Pardaillan d'une voix rauque.

—Oui, la pauvre fille!... Mais, pour en revenir au chevalier, lui et son père, un vieux que je vois encore, long, sec, maigre, le visage terrible... tous deux, donc, étaient enfermés au Temple et condamnés à un supplice dont vous n'avez pas d'idée. Il paraît qu'on les avait mis dans une cage de fer dont les parois devaient se rapprocher l'une de l'autre et les écraser. Comment Catho apprit-elle la chose? Nous l'ignorons!... Mais il faut que vous sachiez qu'elle ameuta toutes les ribaudes, depuis la rue Tirechappe jusqu'aux Blancs-Manteaux.

Pardaillan ferma les yeux. Il revécut la terrible scène évoquée par la Roussette. Il rouvrit les yeux. Ces yeux étaient hagards et firent peur aux deux femmes. Il se mit à rire. Ce rire fit frissonner Charles. Et Pardaillan, se tournant vers le jeune homme noir aux yeux pâles, dit d'une voix qui l'étonna lui-même: