Pardaillan regarda la Roussette. Elle était comme rajeunie et transfigurée. Elle était belle, la ribaude vieillie, de toute la beauté de sa pauvre âme ignorante et simple.

Et Pardaillan, voyant ses larmes, fut remué jusqu'au fond du coeur. Un coup de soleil pénétra jusqu'à ce coeur, et, ayant vidé son verre, tout embarrassé, il se mit à rire de son bon rire, ne sachant que répondre à ces ribaudes.

Il saisit simplement une main de la Roussette, une main de Pâquette et les réunit sous le même baiser très respectueux, ce dont les deux ribaudes pâlirent d'orgueil, car on ne baisait la main qu'aux rois et aux princesses.

—A mon tour! dit alors le jeune homme noir. Je ne vous trahirai pas, chevalier de Pardaillan, parce qu'un jour, jour de carnage et d'horreur, vous poursuivi, vous traqué, vous avez rencontré près du cimetière des Innocents un enfant qui cherchait la tombe de sa mère; parce que vous avez consolé cet enfant, que vous l'avez pris par la main et conduit sur la tombe; parce que cet enfant vous a regardé et a juré de ne jamais vous oublier; parce que je suis cet enfant, monsieur, et que je m'appelle Jacques Clément!...

A ces mots, et avant que Pardaillan eût pu faire un geste, Jacques Clément se tourna vers les deux hôtesses, fit un signe mystérieux de reconnaissance et dit:

—Adieu, chevalier de Pardaillan. Suivez votre destinée qui est flamboyante. Moi, je suis la mienne qui est effroyable... Allons, femmes, ouvrez-moi la porte de communication!...

La Roussette et Pâquette avaient vu le signe. Elles marchèrent vers le fond de la pièce et disparurent dans une salle voisine, suivies de Jacques Clément. Pardaillan avait saisi la main de Charles d'Angoulême et avait murmuré:

—La porte de communication!... C'est-à-dire le moyen d'arriver jusqu'à Claude et Farnèse... et, peut-être, jusqu'à Violetta!...

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LE PALAIS DE FAUSTA