—Pauvre monsieur de Maurevert, qu'allez-vous devenir?

Maurevert grinça des dents. Fausta, d'un seul mot, venait de préciser ce qu'il y avait d'étrange et d'affreux dans sa vie: puisque Pardaillan était libre, qu'allait-il devenir, lui, Maurevert?

—Ce que je vais devenir? dit Maurevert avec une sorte de soupir de lassitude. Il faut que je m'appuie à Guise. Nous sommes quatre maintenant à haïr cet homme: Guise, Leclerc, Maineville et Maurevert; cela fait quatre haines... quatre épouvantes si vous voulez...

—Épouvantes? dit Fausta. Vous avez prononcé: épouvantes?...

Et, descendant en elle-même, Fausta vit qu'il y avait dans son coeur une chose qui n'y était pas auparavant: l'épouvante...

—Madame, gronda Maurevert, Guise a peur. Bussi-Leclerc a peur. Maineville a peur. Maurevert a peur. Et c'est cela qui peut nous sauver tous les quatre, c'est d'unir ces quatre épouvantes pour en faire sortir la foudre!

—Le duc de Guise, madame, continua-t-il, nous a dit ceci: «Je crois que tous quatre, nous mourrons de la main du damné Pardaillan! Il n'avait pas besoin de le dire en ce qui me concerne. Voici seize ans que je le sais, moi!

Ici, Maurevert fit en quelques mots le récit des événements qui s'étaient passés à la Bastille. Ce récit, Fausta l'écouta avec le même calme apitoyé. Maurevert acheva alors:

—Voilà ce que je suis venu vous dire, madame. C'est-à-dire que le duc, moi, Leclerc, Maineville, nous nous unissons désormais pour atteindre l'ennemi commun. C'est-à-dire, madame, que je ne puis m'attarder à l'abbaye de Montmartre. Le duc part pour Chartres; nous partons ensemble tous les quatre.

—C'est fort bien vu, dit paisiblement Fausta. Mais enfin, depuis ce matin que cet homme est sorti de la Bastille, qu'avez-vous déjà fait pour le retrouver?