A cette suprême seconde, Léonore a un spasme qui l'arrache à la monstrueuse étreinte... Et, coup sur coup, deux clameurs brèves, stridentes, font explosion sur ses lèvres crispées!...
Cette femme qui va mourir, là, sous la corde qui se balance, elle se débat dans les douleurs de l'enfantement!
Le bourreau recule! Le médecin-juré s'élance, tandis qu'une rafale de frémissements balaie la Grève! Et, lorsqu'il se relève enfin, le peuple, aux côtés de Léonore prostrée, inerte, évanouie, aperçoit un tout petit être qui vagit...
«Une fille! c'est une fille!» crie une femme.
La foule, tout autour de cette nouvelle-née si faible, si seule, demeure un instant pantelante. Puis, brusquement, la pitié déborde, éclate et gronde. On supplie, on menace, on crie grâce et miséricorde pour la mère! Le grand prévôt hésite... puis, convaincu par l'immense compassion du peuple, il jette un ordre: la condamnée a vie sauve. Léonore, sans connaissance, est emportée sur une civière, et l'enfant...
*
L'enfant demeure! La condamnée n'a pas le droit de nourrir sa fille en prison! L'innocente créature est abandonnée à la merci publique: une heure durant, elle sera exposée où elle est née: sous le gibet! Pauvre toute-petite qui attend qu'on lui fasse la charité d'une mère.
Et Farnèse! Jean de Kervilliers! Le père. Il est là, haletant, la sueur aux cheveux, dévorant des yeux cette chair de sa chair, courbé, enchaîné par l'effroyable obéissance à d'effroyables ordres supérieurs. Il veut prendre son enfant, l'emporter... il ne doit pas! Il ne peut pas! Quoi! la mère a été graciée... et sa fille va donc mourir là! Non! oh! non... car voici quelqu'un, enfin!... quelqu'un qui s'approche d'elle, se penche, se baisse avec un sourire tout mouillé de pleurs... Et. avec des précautions délicates et tendres, ce quelqu'un enveloppe la frêle abandonnée dans un pan de son manteau. Puis, tandis que l'évêque brisé, contenu par les inquisiteurs, éclate en sanglots et tend les bras, l'homme lentement s'en va... emportant la fille du prince Farnèse...
Et cet homme... c'est le bourreau!...