Le duc d'Angoulême n'avait pas bougé. Sombre comme une figure de remords, Henri III se tourna vers lui.

—Jeune homme, dit-il, il manquait à mon malheur de vous rencontrer sur le chemin de l'exil. Priez le Ciel qu'au jour où je remonterai sur mon trône je puisse oublier que vous avez insulté à ma misère!

—Ce jour-là, vous me verrez me dresser sur les marches de ce trône! Je vous arracherai votre manteau royal! Jusque-là, je ne puis vous haïr; vous n'avez droit qu'à ma pitié! Paris vous chasse; vous n'êtes plus qu'un fantôme de roi que hante le fantôme d'une victime. Allez donc, Sire! car voici qu'on se met à votre poursuite... Regardez!... Jusqu'à ce que vous soyez redevenu roi de France, le fils de Charles IX vous fait grâce!

Henri III, blême de rage, voulut balbutier quelques mots qui se perdirent dans un sanglot. Mais ses fidèles, apercevant le gros des cavaliers qui sortait de Paris, saisirent son cheval et l'entraînèrent.

Charles d'Angoulême demeura songeur, les yeux fixés sur Paris. Que se passait-il dans cette âme? Pourquoi ce jeune homme ne suivait-il pas d'un dernier regard de haine le roi à qui il venait de jeter de tels défis?

Peu à peu, par degré, les derniers reflets de sentiments violents qui venaient de l'agiter s'éteignirent sur son visage qui s'éclaira alors d'un sourire très doux.

D'une voix d'extase, il murmura:

«Paris!... Oui, je viens y chercher la vengeance... mais je viens y chercher aussi l'amour!... Paris! C'est là que je vais te retrouver, chère inconnue qui emporta mon âme. Violetta... douce violette d'amour.

A ce moment, le chevalier de Pardaillan s'approcha de lui et ïe toucha à l'épaule. D'un geste large, il enveloppa Paris. Et, regardant le fils de Charles IX dans les yeux:

—Un trône à prendre, monseigneur!... prononça-t-il.