—Sachez donc, continua Fausta d'une voix devenue ardente, sachez donc, ô vous que je ne connais pas, sachez mon rêve!... Sachez que je suis celle que des évêques, des cardinaux réunis en conclave secret ont élue pour conduire l'Eglise à ses destinées suprêmes!... Sachez que...

Elle s'arrêta, palpitante... Soudain, elle porta la main à son front. Et, en elle-même, elle balbutia:

«Quoi! Émue à ce point par ce routier! Quoi! Moi qui parle aux rois en despote, je me sens fléchir devant cet aventurier!... Malheureuse! qu'ai-je dit! qu'allais-je dire!...

Mais Pardaillan avait compris... le voile de mystère qui enveloppait Fausta se déchirait en partie!...

«Oh! murmura-t-il, c'est donc vrai! C'est bien Rome dans Paris!... Et, ce trône que j'ai aperçu, s'il n'est pas pour un pape... eh bien, il est donc pour la Papesse!»

Pardaillan frissonna. Une femme!... Oui, une femme qui se dressait devant Sixte-Quint!... Il y avait dans cette monstrueuse supposition une telle démence apparente que Pardaillan haussa les épaules et: «Impossible!...» prononça-t-il à mi-voix.

«Il m'a devinée! murmura Fausta au fond d'elle-même. Il faut que cet homme devienne sur l'heure un de mes serviteurs... ou bien qu'il ne sorte pas vivant de ce palais!...»

Les violentes émotions duraient peu chez Pardaillan. Ce fut avec curiosité qu'il considéra l'étrange princesse.

«Madame, dit-il, puisque vous avez commencé à m'expliquer votre pensée, daignez achever... Je vois que vous êtes en France pour une oeuvre... terrible.

—Cette oeuvre, dit alors Fausta redevenue maîtresse d'elle-même, vous en avez vu les premiers actes... Henri de Valois a succombé à nos premiers coups... il est en fuite... Le trône de France est inoccupé... Chevalier, que pensez-vous d'Henri III?...