Saïzuma s'interrompit soudain. Et, sur ces lèvres décolorées, ce rire que Pardaillan avait entendu tout à l'heure, ce même rire funèbre éclata.

—Adieu, dit-elle. Et surtout ne vous avisez pas de suivre la bohémienne, car sa route est celle du malheur.

A ces mots, elle s'éloigna de son pas majestueux. Hors de lui, haletant, le duc d'Angoulême s'élança en criant:

—Léonore!

Elle se retourna, leva un doigt vers le ciel et dit:

—Pourquoi appelez-vous la morte? Si vous cherchez Léonore, allez au pied du gibet.

—Le gibet! balbutia Charles éperdu, cloué sur place. Pourquoi la mère de Violetta parle-t-elle du gibet?

A ce moment, Saïzuma disparut derrière les roches éboulées. Les deux amis s'élancèrent sur le sentier qu'avait pris Saïzuma pour s'éloigner. Mais, lorsqu'ils eurent contourné les roches, ils ne la virent plus. Charles d'Angoulême et Pardaillan battirent en vain les environs. Saïzuma demeura introuvable. Alors, ils reprirent le chemin de Paris où ils rentrèrent par la porte Montmartre.

Ils passèrent à la Devinière une nuit exempte de toute alerte et, le lendemain, à la première heure, se rendirent au rendez-vous que Maurevert avait accepté, mais ils s'arrêtèrent à mi-chemin de la Ville-l'Évêque; Pardaillan était persuadé que Maurevert, enfin vaincu dans son esprit de trahison, tiendrait parole. Mais, bien que Maurevert eût accumulé les serments, il pouvait bien, en une nuit, les avoir oubliés. C'est pourquoi, sans aller jusqu'à la Ville-l'Évêque, il prit position avec le jeune duc dans un épais bosquet de chênes. Vers neuf heures et demie, ils aperçurent un cavalier qui s'avançait rapidement.

—C'est lui! dit tranquillement Pardaillan.