La litière s'arrêta sur la place de Grève, près du fleuve. Fausta, sans prendre les précautions dont elle s'entourait toujours, marcha vers la maison où nous avons à diverses reprises introduit le lecteur. Elle heurta le marteau, à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'un homme vint ouvrir. Cet homme, ce n'était pas celui qu'elle avait placé là, naguère; dans la maison, il n'y avait plus une créature à elle...
—Je viens, dit-elle, pour consulter Son Éminence le cardinal Farnèse...
Le serviteur la regarda avec étonnement et répondit:
—Vous vous trompez, madame. Celui que vous dites n'est pas ici. Il n'y a d'ailleurs dans toute la maison que moi qui suis chargé de la garder.
—Mon ami, dit Fausta souriant, allez dire à votre maître que je viens lui parler de Léonore de Montaigues...
Alors, du fond de l'ombre que formait la voûte du porche, quelqu'un se détacha, s'approcha lentement, écarta le serviteur, et d'une voix qui tremblait:
—Daignez entrer, madame, dit-il.
Cette ombre, qui venait de s'avancer, cet homme aux yeux pleins de feu et de passion, mais aux cheveux et à la barbe devenus entièrement blancs, c'était le prince Farnèse. Il offrit la main à sa visiteuse qui s'y appuya, et, ensemble, ils montèrent au premier étage, dans cette large salle spacieuse qui donnait sur la place de Grève.
Fausta, tout naturellement, alla s'asseoir dans le fauteuil d'ébène recouvert d'un dais.
—Cardinal, dit Fausta d'une voix douce, en vain vous essayez de me fuir. Oh! Je sais que vous ne craignez pas la mort. Vous avez voulu vivre pour la revoir... elle!... Mais pourquoi vous écarter de moi?... Vous étiez en mon pouvoir. Notre tribunal vous avait condamné. Je n'avais qu'à vous laisser mourir... Et, cependant, je vous ai rendu à la liberté... C'est que je vous aimais encore malgré votre trahison, Farnèse...