Le cardinal écoutait en frémissant. Un immense étonnement le stupéfiait, le paralysait...

Revoir Léonore! murmura-t-il.

Un éclair illumina l'oeil de Fausta.

Elle comprit qu'elle venait de porter au cardinal un coup décisif. Cet homme était donc encore ce qu'il avait toujours été... le faible qui n'ose prendre de décision.

—Cardinal, reprit Fausta, je n'essaierai pas de vous écraser sous une générosité qui n'existe pas; si je vous ai laissé vivre, si je vous offre de vous rendre Léonore et de vous rendre votre fille, c'est que j'ai besoin de vous.

—Violetta! murmura Farnèse ébloui... Toute ma vie!...

Et une espérance plus ferme, plus lucide rentra dans ce coeur. Car il connaissait l'orgueil et l'ambition de Fausta, et il fallait, en effet, qu'elle eut bien besoin de lui pour parler comme elle venait de faire.

—Parlez, madame, dit-il d'une voix frémissante.

—Eh bien, dit Fausta, j'ai besoin de vous, Farnèse! Tandis que je suis ici, tandis que je prépare les grand événements que vous connaissez. Sixte, rentré en Italie, travaille avec sa prodigieuse activité... Notre plan initial, qui était d'attendre la mort de ce vieillard pour nous déclarer, ce plan est renversé... D'abord, Sixte ne meurt pas! Ensuite, ce qui se passe en Italie nous oblige à précipiter les choses... En France, tout va bien... Valois va succomber et bientôt ce royaume aura le roi de notre choix.

—C'est donc en Italie que ma faible puissance pourrait vous être utile?... demanda Farnèse, très attentif.