Pour si peu disposé à la rêverie que fût Picouic, il demeura longtemps à la même place, se demandant s'il ne rêvait pas. Alors, il se décida à regagner l'endroit où il avait laissé Croasse, et le trouva étendu dans l'herbe. Picouic avait son idée, comme on va voir. Il frappa sur l'épaule de son compagnon.
—Il faut fuir, dit-il.
—Fuir? Attendons au moins le jour, et achevons la nuit dans l'enclos.
Picouic jeta un coup d'oeil vers le bâtiment où Violetta était enfermée, et le vit éclairé. Alors, il songea à ces six hommes armés, qui étaient venus prendre position dans l'enclos. Et ce souvenir se juxtaposa pour ainsi dire à celui des préparatifs sinistres auxquels il avait assisté derrière le pavillon...
—Oh! murmura-t-il, est-ce que ce serait possible?...
—Quoi donc? As-tu vu quelque chose? fit Croasse en regardant avec inquiétude autour de lui.
—Rien. Fuyons si nous pouvons. Quant à l'enclos, il n'y faut pas songer. Il est gardé...
Croasse, sans plus d'objection, suivit machinalement son compère qui, traversant avec rapidité le terrain de culture, parvint au mur d'enceinte.
—Cher ami, dit alors Picouic, colle-toi contre ce mur, tu me feras la courte échelle; après quoi, je te hisserai en haut, et nous n'aurons qu'à nous laisser tomber de l'autre côté.
Croasse prit la position indiquée par Picouic, lequel, en quelques instants, se trouva hissé sur ses épaules, du haut desquelles il put en effet atteindre, non sans peine, le sommet du mur, sur lequel il s'assit à cheval.