Le bohémien s'était donc trouvé à l'abbaye, derrière le vieux pavillon à l'heure précise qui lui avait été fixée. On avait amené Violetta, ou plutôt on l'avait apportée, car, étourdie sans doute par quelque boisson qui avait brisé ses forces, elle n'eût pu se soutenir. Belgodère, avec un mouvement de joie hideuse, avait saisi la malheureuse, l'avait couchée sur la croix, et l'avait fortement attachée par les bras et les pieds. Puis, avec l'aide de quelques hallebardiers, la croix avait été plantée dans le trou préparé la veille par les gens de l'abbesse.

Fausta, à ce moment, était seule avec une douzaine de gardes sur l'esplanade. Léonore et Jeanne Fourcaud (Stella) étaient enfermées dans le pavillon avec Rovenni et les autres schismatiques. Une fois que l'effroyable besogne fut terminée:

—C'est bien, dit Fausta à Belgodère, tu peux te retirer. Va m'attendre devant la porte du couvent.

—Stella? grogna le bohémien qui jeta un regard sanglant sur Fausta.

Et elle comprit alors pourquoi Belgodère n'avait plus voulu la quitter!... Elle comprit que cet homme la tuerait sûrement si elle ne tenait parole!... Mais Fausta était bien décidée à rendre Stella au bohémien.

—Ecoute, dit-elle... retire-toi en toute confiance à l'endroit que je te dis, et, dans une heure, tu verras celle que tu me demandes.

A ce moment même, Belgodère vit une litière s'arrêter devant le portail. Il reconnut aussitôt les deux hommes qui en descendirent: c'étaient Famèse et maître Claude.

Or, tandis que le cardinal seul était entré dans l'abbaye, Claude s'était retiré sous l'ombrage d'un grand chêne, attendant que le cardinal reparût avec Léonore et Violetta. En le voyant le bohémien gronda:

—Voilà donc celui qui a pendu celle que j'aimais... la mère de mes filles... ma pauvre Magda!... Voilà celui qui a refusé à un père de lui dire où se trouvaient ses enfants! Par les étoiles funestes! ai-je assez souffert! ai-je assez attendu cette minute!...

—Je le tiens!...