—Va-t'en...

—Je m'en irai tout à l'heure, dit Belgodère, quand ma fille Stella sortira de ce couvent. Car je puis bien te l'annoncer: on va me rendre ma fille... Et, quant à la petite chanteuse...

—Je te conseille de ne pas proférer ici des menaces contre elle.

—Des menaces! hurla Belgodère avec un éclat de rire. Tu ne me connais pas, Claude! Je ne menace pas, moi! Je tue!... Et, si je te dis qu'il me fallait le supplice de ta Violetta, c'est qu'à cette heure elle est suppliciée!

Claude rejeta sa branche de chêne. Sa main énorme s'abattit sur l'épaule du bohémien qui ne plia pas et continua à le regarder les yeux dans les yeux.

—Tu dis? fit-il presque à voix basse.

—Je dis, rugit Belgodère, que j'ai attaché ta fille sur la croix, que vingt hommes d'armes gardent cette croix, et qu'à cette heure elle expire! Ecoute!... Voici le glas qui sonne!

La parole expira soudain sur ses lèvres. Claude venait de le saisir à la gorge. Ses deux mains, tenailles vivantes, s'incrustèrent dans les chairs... Le bohémien, vigoureux et trapu, ses forces décuplées par la haine, essayait, par violentes secousses, d'échapper à l'étreinte. Et lui aussi empoigna le bourreau à la gorge; ses deux bras nerveux, dans un geste foudroyant, se levèrent, ses doigts velus s'enfoncèrent dans la gorge de Claude...

Cela dura quelques instants... Enfin, les doigts de Belgodère se desserrèrent... sa tête tomba sur ses; épaules. Il était mort.

Les tintements funèbres de la cloche de l'abbaye arrêtèrent l'attention de Claude; mais il ne comprenait pas encore pourquoi sonnait cette cloche. Brusquement un reflux de la mémoire le ramena dans la réalité.