Il constata que le panneau qui formait ouverture était relevé; il l'était sans doute depuis le jour où l'on avait ouvert le passage aux cadavres... Redescendant le long du treillis avec la fermeté d'une résolution bien arrêtée, il plongea, et, bientôt, se retrouva dans l'intérieur de la nasse. Alors, il remonta jusqu'en haut, jusqu'au plancher même.

Cramponné d'un bras à la poutre à laquelle il s'accrochait, de l'autre bras allongé, il parvint à soulever la trappe qui fermait le trou carré. Alors, il se suspendit aux bords de ce trou, et se souleva par un tour de force musculaire. Quelques secondes plus tard, il était dans la pièce où il s'était battu contre les gens de Fausta, dans la salie des supplices. Elle était obscure, silencieuse...

La première pensée de Pardaillan fut de refermer la trappe. Puis il se secoua, s'ébroua, se défit de son pourpoint, prit toutes les mesures propres à le sécher autant qu'il était possible de le faire en pareille situation.

Plusieurs heures se passèrent ainsi... Pardaillan rhabillé, à peu près séché, commençait à sentir la faim le gagner. En effet, sorti le matin de bonne heure de la Devinière, il n'avait rien pris de la journée.

La nuit vint. Dans le mystérieux palais, aucun bruit ne se faisait entendre. Deux plans se présentaient au chevalier. Le premier, c'était de profiter de la nuit pour redescendre au fleuve et gagner le bord. Le deuxième, c'était purement et simplement sortir du palais Fausta par la porte. S'il ne restait là que quelques domestiques, Pardaillan se faisait fort de les obliger à ouvrir cette porte! Il attendit donc deux ou trois heures encore, et ce fut la faim qui le décida à agir.

Se mettant donc en marche, sur la pointe des pieds, il gagna la porte de la salle des supplices. Elle était ouverte... Pardaillan traversa cette pièce qui ressemblait à l'avant-cachot de la mort... Après quoi, il se trouva dans une galerie qu'il se mit à suivre.

Cependant, il était plongé dans une obscurité profonde et marchait vers une vague de lumière, qu'il apercevait à une quinzaine de pas devant lui, dans la galerie... Lorsqu'il eut atteint ce rais de lumière, il s'aperçut qu'il venait de l'entrebâillement d'un double rideau de velours qui formait une large baie, ouverte à cet endroit. Pardaillan glissa un regard par cet entrebâillement, et vit une vaste salle, éclairée par quelques flambeaux, allumés de place en place.

Cette salle, il la reconnut aussitôt... C'était la magnifique pièce aux colonnades, aux statues, aux torchères d'or... la salle du trône!...

Il allait s'éloigner et continuer son excursion, lorsqu'il demeura cloué sur place... Il lui semblait qu'il venait d'entendre comme un léger bruit de pas.

Ce bruit venait de la grande salle du trône. Pardaillan colla son oeil à la fente des rideaux, et aperçut une sorte de fantôme vêtu de blanc qui marchait, ou plutôt glissait d'un pas majestueux.