Et Guise, d'un regard, fouilla non seulement les coins d'ombre amassés au fond de la vaste salle presque funèbre dans sa somptuosité, mais aussi le visage de Fausta.
—Oui, dit celle-ci, vous vous souvenez d'un entretien que vous avez eu avec la reine Catherine, où vous vous êtes cru bien seul, où vous avez dit tout ce que vous aviez sur le coeur... et vous pensez que peut-être, moi aussi, j'ai posté derrière un rideau quelque Sixte qui recueillera vos paroles. Rassurez-vous. Nous sommes ici sous le regard de Dieu, qui, seul, peut nous voir et nous entendre... Monsieur le duc, continua Fausta, lorsque, voici trois ans de cela, vous vîntes à Rome pour implorer l'assistance de Sixte-Quint, Sa Sainteté vous donna sa bénédiction... moi, je vous donnai deux millions en vieil or un peu bruni par le temps, mais qui n'en avait pas moins cours... Vous me demandâtes alors ce que je voulais en échange, et je vous répondis: «Plus tard, vous le saurez!...»
—C'est vrai, dit Guise en s'inclinant, et ma reconnaissance...
—Ne parlons pas de reconnaissance, duc; parlons de nos intérêts... Je continue. A notre deuxième entrevue, vous m'exposâtes vos espérances. Vous vouliez être roi!...»
Guise pâlit et jeta autour de lui des regards inquiets.
—Nous sommes seuls, reprit Fausta, non sans une pointe de dédain et d'impatience. Donc, vous vouliez être roi. Et vous n'osiez pas!... Ce que vous n'osiez pas faire, je l'ai fait!... Tous ces fils ténus de la Ligue, je les ai rassemblés. J'ai jeté mes agents sur la France. En même temps, je vous montrais ce que coûtait chaque homme, chaque dévouement, chaque pensée acquise; en sorte qu'avec les deux millions que je vous ai remis à Rome vous savez maintenant que vous m'êtes redevable de dix millions...
—C'est vrai, dit Guise en passant une main sur son front.
—Par dix fois, par vingt fois, vous m'avez demandé ce que j'exigeais en retour. Je vous ai répondu: «Vous le saurez plus tard!...» Et, si vous n'êtes pas déjà sur le trône, ce n'est pas ma faute, c'est la vôtre!...
—C'est encore vrai, dit le duc en frémissant.
—Après la fuite de Henri de Valois, reconnaissant que vous me deviez votre victoire et votre future couronne, vous m'avez encore demandé quel était mon but et ce que j'attendais de vous. Je vous ai répondu: «Vous le saurez quand l'heure sera venue...» L'heure est venue!