—Eh bien, si tu veux passer la nuit dans cette chambre, sur cette chaise que je mets près de la fenêtre, tu auras les deux écus... Ce n'est pas tout. Tout en veillant, comme tu t'ennuierais toute une nuit sur cette chaise, tu t'amuseras à écouter dans la rue... Et, s'il passait un cheval, à n'importe quelle heure, tu me réveillerais... un cheval venant d'Amiens et allant sur Doullens...
—J'ai compris! dit le garçon.
Puis allant s'asseoir sur la chaise, et s'accotant aux vitraux de la fenêtre:
—Me voici à mon poste, dit-il. Je vous garantis que, d'ici demain, il ne passera personne que vous n'en soyez aussitôt prévenu.
Pardaillan posa son pistolet d'arçon sur une table près de lui et sa rapière debout à la tête du lit, sur lequel il se jeta tout habillé avec un soupir de satisfaction. Il s'endormit aussitôt. Le paysan veilla scrupuleusement, et, au petit jour, réveilla le chevalier, comme c'était convenu.
—Il n'est passé personne? demanda Pardaillan qui se mit sur pied et remit au garçon les deux écus.
—Personne, si ce n'est quelques charrettes.
Pardaillan déjeuna près de la fenêtre et fit boire au garçon un grand verre de vin, honneur dont le digne Picard se montra touché.
Puis, le jour étant tout à fait venu, Pardaillan sella son cheval et, posté dans la salle de l'auberge, attendit tranquillement.
Vers huit heures, un cavalier se montra au bout de la rue, Pardaillan se mit à rire... Ce cavalier, c'était celui qu'il attendait, le messager envoyé par Fausta à Alexandre Farnèse! La revanche de Pardaillan était aussi complète qu'il l'avait rêvée.