Il serait difficile de donner une idée exacte de la stupéfaction qui se peignit sur le visage des gentilshommes tant guisards que royalistes, lorsque le duc de Guise eut achevé de parler. Pour les uns, c'était l'effondrement subit, inexplicable et inexpliqué d'une conspiration qui durait depuis quinze ans. Pour les autres, c'était une instinctive méfiance devant une attitude si nouvelle chez l'orgueilleux duc.

Quant à Henri III, s'il fut étonné, joyeux ou non, nul ne put le savoir, car son visage demeura impénétrable. Seulement, il regarda sa mère, qui lui fit signe et dit:

—Voilà de nobles paroles que vient de prononcer là notre cousin! Quel dommage qu'une scène aussi attendrissante n'ait pas le seigneur Dieu pour témoin!...

Le roi était dès longtemps habitué à comprendre sa mère à demi-mot. Se levant donc:

—Monsieur le duc, demanda-t-il, seriez-vous disposé à répéter ces paroles devant le Saint-Sacrement?

Le duc eut une hésitation inappréciable, puis répondit:

—Certainement, sire! Quand Votre Majesté voudra...

—Ainsi, vous seriez prêt à faire serment de réconciliation sur le Saint-Sacrement exposé à l'autel?...

—Je suis prêt, sire... Dès que nous serons rentrés à Paris, s'il plaît à Votre Majesté, nous irons à Notre-Dame, et...

—Monsieur le duc, interrompit le roi, il y a partout des autels, et partout on trouve Dieu quand on le cherche. La cathédrale de Blois me paraît tout aussi favorable que Notre-Dame pour un tel serment...