Puis, il se redressa, regarda la reine et reprit:

—Ce même Maurevert qui tira sur l'amiral Coligny ce coup d'arquebuse que vous n'avez pas oublié, sans doute. Ces temps sont lointains, et je craignais fort que mes traits ne rappelassent plus rien au souvenir de Votre Majesté... je vois avec bonheur qu'il n'en est rien...

Catherine de Médicis fixait un sombre regard sur l'homme qui lui parlait avec une sorte d'insolente familiarité. Mais ce n'est pas Maurevert qu'elle voyait... C'était le passé formidable évoqué soudain par la présence de cet homme. Elle examina plus attentivement Maurevert et dit:

—Oui, vous avez été un bon serviteur. Vous avez fait beaucoup pour mon fils Charles IX.

—Non, madame, dit Maurevert; c'est pour vous ce que j'ai fait...

Catherine demeura pensive devant cette insistance. Elle connaissait Maurevert pour un des plus mystérieux et des plus terribles serviteurs qui eussent évolué jadis dans son orbite. Elle savait qu'il ne faisait rien sans motif.

—Monsieur de Maurevert, reprit-elle tout à coup, où étiez-vous le jour des Barricades?

—Je vous comprends, madame, fit Maurevert. J'ai servi le duc de Guise. Je l'ai servi avec ardeur et fidélité. J'ai fait, pour la réussite de ses projets, autant que je fis jadis pour la réussite des vôtres. Depuis le jour des Barricades, je suis donc un ennemi du roi votre fils et de vous-même. Et, si, par hasard, le roi se décidait à faire couper le cou à M. de Guise, il est sûr que je serais, moi, à tout au moins pendu. C'est bien là la pensée de Votre Majesté?

—Je vois, monsieur de Maurevert, que vous êtes toujours très intelligent, dit la reine avec un sourire mortel. Mais, enfin, je suppose que ce n'est pas pour me prouver votre intelligence que vous m'êtes venu trouver?... Que voulez-vous donc? Parlez.

—J'attendais cet ordre de Votre Majesté, dit Maurevert. Voici donc, madame, ce que je suis venu vous dire. Lorsque nous exterminâmes les huguenots, lorsque, pour vous, pour vous seule, je risquai mon sang, ma vie, non pas une fois, mais dix fois, sans compter, Votre Majesté m'a fait certaines promesses... J'en ai attendu l'exécution pendant dix ans. Un jour, je me mis sur votre passage, et votre regard me fit comprendre que j'étais oublié... J'ai tenu à vous dire, madame, pourquoi je me suis jeté dans le parti de la Ligue, pourquoi j'ai tout fait pour soutenir les prétentions avouées ou secrètes de M. de Guise, pourquoi enfin je suis devenu un ennemi de la fortune des Valois...