—Pardon, madame, intervint Ruggieri, Votre Majesté veut-elle me permettre de placer ici un mot? Eh bien, il me semble qu'avant de demander à ce gentilhomme ce qu'il veut nous devons lui demander ce qu'il donne...

Catherine secoua la tête.

—Que voulez-vous? répéta-t-elle à Maurevert.

—Peu de chose, madame, dit Maurevert. Je me contenterai de trois cent mille livres. Et il ajouta:

—Ce que j'apporte vaut en effet un million. Et, ne demandant que trois cent mille livres, j'estime donc à sept cent mille livres le plaisir que j'ai à servir les intérêts de Votre Majesté...

—Bon! pensa la reine, prompte à comprendre. Il paraît que tu as une rude dent contre le Guise, et qu'au besoin tu le trahirais pour rien...

—Ruggieri, ajouta-t-elle tout haut, fouille dans ce meuble... là... le troisième tiroir... et donne-moi l'un de ces parchemins que tu vois...

Ruggieri obéit et plaça sur la table, devant la reine, un des parchemins demandés. Ces parchemins, c'étaient des bons sur la cassette royale tout préparés d'avance, scellés du sceau de Henri III et signés de sa main. La reine le remplit, et la feuille se trouva ainsi libellée:

«Bon pour la somme de cinq cent mille livres que notre trésorier versera, au vu des présentes, ès mains du sire de Maurevert, pour services particuliers rendus à nous...»

Catherine tendit le bon à Maurevert qui n'eut pas un tressaillement, bien qu'il eût aussitôt remarque la majoration énorme de la somme qu'il avait indiquée lui-même.