Bourgoing ne douta pas un instant que ce visiteur ne fût un homme envoyé dans le but de s'aboucher avec Jacques Clément en vue du grand-oeuvre, c'est-à-dire l'assassinat d'Henri III. Il donna donc l'ordre non pas de faire venir frère Jacques au parloir, mais bien de conduire le visiteur à la cellule du révérend.

Il faut ajouter que ces allées et venues avaient peu surpris Pardaillan, et qu'il n'y avait prêté qu'une médiocre attention. Lorsque le frère portier revint, il se contenta donc de suivre le moine qui le conduisait.

Après de nombreux tours et détours, ce moine s'arrêta devant la porte entrebâillée d'une cellule et dit:

—C'est ici, vous pouvez entrer, mon frère...

Pardaillan poussa la porte, entra, et vit Jacques Clément qui, assis à une petite table, écrivait.

Lorsque le chevalier entra, le moine se retourna, l'aperçut, cacha précipitamment sous un livre ce qu'il écrivait, et une vive rougeur envahit ses joues pâles. Il se leva et s'avança vers Pardaillan, les mains tendues.

—Que Dieu soit loué! dit-il.

—Mort Dieu! fit Pardaillan qui serra les mains du moine, qu'on a donc du mal à parvenir jusqu'à vous!... et jetant un regard autour de lui: comment pouvez-vous vivre ici? fit-il avec un frisson. C'est le tombeau anticipé... pour des gens comme vous qui prennent les choses trop-à coeur.

Clément eut un sourire amer.

—Cher et digne ami, fit-il, vous êtes comme un rayon de soleil qui entrerait dans une tombe. Dès que vous paraissez, tout s'éclaire et sourit... C'est si triste, ici!