—Je me distrais parfois, balbutia-t-il, à ces amusements profanes...
Le chevalier tournait et retournait le papier en tous sens. Soudain, il tressaillit et murmura:
—Marie de Montpensier!... Ah! ah!... C'est à la duchesse de Montpensier qu'il fait ces déclarations enflammées!... Tenez, ajouta-t-il tout haut en rendant le papier à Jacques Clément, je ne me connais guère en poésie; mais je trouve ces vers admirables, et il faudra que la personne à qui ils sont destinés soit bien difficile de n'être pas de mon avis...
Le moine reprit sa feuille de papier et la cacha, cette fois, dans son sein.
—Voyons, dit alors le chevalier, avez-vous un peu abandonné ces idées effrayantes qui vous bouleversaient quand nous nous rencontrâmes à Chartres?
Et Pardaillan fit le geste de l'homme qui donne un coup de dague.
—Vous voulez parler, dit Jacques Clément d'une voix basse, mais ferme et tranquille, de ma résolution de tuer Valois?... Pourquoi y aurais-je renoncé?... Valois mourra!... J'ai pour vous, pour l'infinie gratitude que je vous dois, reculé l'heure de l'exécution. Mais cette heure viendra!...
Pardaillan frissonna. Il y avait dans l'attitude et la voix du moine une effrayante résolution.
—Pardaillan, reprit Jacques Clément, vous m'avez demandé d'attendre. Mais à votre tour, quand vos desseins sur Guise seront accomplis, laissez-moi marcher à ma destinée... La mère du roi a tué ma mère... Eh bien, le fils d'Alice tuera le fils de Catherine!... Et rien, rien, entendez-vous, ne peut le sauver si vous êtes venu me dire: «Allez! la vie de Valois m'est à cette heure inutile!...» Est-ce là ce que vous êtes venu me dire, chevalier?...
—Non, répondit Pardaillan; pas encore!...