Ce jour-là, donc, c'était le dimanche 12 novembre. Un épais brouillard montait de la Loire, à l'assaut de la colline sur laquelle s'étagent les rues de Blois. Dans ces rues, on ne voyait personne. Par contre, le château était encombré de seigneurs.
Un courrier venait d'arriver de La Rochelle, au grand étonnement des courtisans royalistes ou guisards unis dans une haine commune contre les huguenots. Que pouvait bien vouloir le Béarnais?...
Comme preuve de confiance et de grande amitié, le roi avait ouvert devant tous la missive d'Henri de Navarre. Et il la lut à haute voix. En résumé, le Béarnais, parlant au nom des protestants rassemblés à La Rochelle, faisait une double demande:
1° Il demandait qu'on restituât aux huguenots les biens qui leur avaient été confisqués; 2° il réclamait pour eux la liberté de conscience.
Cette lecture, faite, comme nous avons dit, à haute voix par le roi lui-même, fut accueillie par des huées, des rires, des menaces contre le messager qui, très calme et très digne, attendait la réponse.
—Que dois-je répondre au roi mon maître? demanda le huguenot quand la tempête des rires et des menaces se fut un peu apaisée.
—Dites au roi de Navarre, dit Henri III, que nous réfléchirons aux questions qu'il nous soumet, et que, quand nous aurons pris une décision, c'est M. le duc de Guise, lieutenant général de nos armées, qui lui portera notre réponse...
Cette réponse devait avoir d'incalculables conséquences.
C'est en effet après l'avoir reçue que Henri de Navarre prit la campagne avec son armée, résolu à conquérir, les armes à la main, ce qu'on lui refusait de bonne foi.
Voilà quels événements s'étaient passés en cette soirée de novembre.