—Pas tout à fait; je suis venu voir la duchesse de Montpensier.

—Pourquoi? demanda Maurevert, en débouchant un nouveau flacon.

—Pourquoi? bredouilla frère Timothée. Je n'en sais rien.

—Diable! Je suppose que, pourtant, ce n'est pas pour lui faire une déclaration d'amour?

—Eh! eh!... je pourrais plus mal tomber! fit le moine avec l'outrageante fatuité des ivrognes. Mais enfin, la vérité est que je lui porte une lettre et que j'ignore ce qu'il y a dans cette lettre, et que j'ignore où et quand je pourrai rencontrer la duchesse, et que j'ai compté sur vous pour...

—Remettre la lettre? Je m'en charge!

—Non, non, s'écria le moine. Le très révérend Bourgoing m'a dit: «Timothée, plutôt que de parler à qui que ce soit de cette lettre, arrachez-vous la langue!...

—Mais puisqu'il vous a dit de m'en parler!

—Il a ajouté, continua le moine qui, pris à son propre mensonge, jugea convenable de ne pas entendre cette interruption... il a ajouté: «Timothée, plutôt que de vous laisser prendre cette lettre, faites-vous tuer. Mais avant de mourir, avalez-la!» Je ne puis donc, mon gentilhomme, ni vous montrer ni vous remettre cette missive qui est là, cousue à l'intérieur de mon froc...

—Alors, que voulez-vous de moi?