On peut dire que c'était là un coup d'une prodigieuse habileté.
Le duc de Guise, lorsque le roi eut fini de parler, dut faire un violent effort sur lui-même pour ne trahir ni la joie ni l'incertitude qui l'envahissaient à la fois. En conséquence, il s'inclina et dit:
—Je remercie Votre Majesté de l'honneur qu'elle veut bien me faire. Je garderai les clefs du château, puisque le roi le veut!
Le roi se contenta de sourire et, ayant fait appeler le capitaine Larchant, lui donna l'ordre de remettre tous les soirs au duc de Guise les clefs de la forteresse.
XXX
AUX APPROCHES DE NOËL
Le 15 décembre 1588, il gela à pierre fendre. Le roi fit annoncer qu'il était malade et qu'il n'y aurait point conseil. En conséquence, le duc de Guise, qui, au matin, s'était présenté comme d'habitude aux appartements royaux, s'en retourna chez lui avec ses frères.
Dans la chambre du roi, un bon feu de hêtre flambait au fond de la cheminée monumentale. Henri III, pensif et pâle, était assis près de la cheminée; parfois, il jetait un regard sur la fenêtre comme pour interroger le silence extérieur. Il était assis à droite du feu, face à la fenêtre. A gauche de la cheminée était assise Catherine de Médicis, plus immobile, plus pâle dans ses voiles noirs, plus spectrale que jamais.
Un gentilhomme entra. Il était si bien enveloppé dans son manteau qu'il eût été impossible de voir son visage.
—C'est pour bientôt, dit le gentilhomme à voix basse.