—Qu'il meure!...
Il semblait se désintéresser de l'effrayante question qui s'agitait autour de lui.
Il reste donc à savoir où, quand, comment le scélérat félon sera frappé, continua Catherine.
—Tout de suite! s'écria Montsery.
—Mes bons et braves amis, dit Catherine, ce n'est pas le tout que de tailler. Il faut encore savoir recoudre. C'est à quoi le roi et moi nous devons songer. Il faut donc que toutes nos précautions soient prises pour l'heure même qui suivra la mort du duc. Or, nous avons encore deux ou trois jours devant nous. Ne précipitons rien et faisons les choses raisonnablement. Nous avons trois points à élucider: où? quand? comment?... Où?... Ni chez lui, ni dans la rue: c'est ici même, dans l'appartement du roi, que doit se faire la chose. Quand? Nous le saurons peut-être demain matin. Comment? C'est le plan que je vais vous exposer...
XXXI
AUX APPROCHES DE NOËL (suite)
Le soir de ce jour où des décisions suprêmes furent prises chez le roi, nous pénétrons dans une auberge d'assez pauvre apparence, qui avoisine le château, et qui s'appelait à cause de cela l'hôtellerie du Château.
Dans une chambre du premier étage, le chevalier de Pardaillan allait et venait, à la lueur d'une chandelle fumeuse qui semblait n'être là que pour mieux montrer les ténèbres. Cependant, la table était dressée et toute servie, comme si Pardaillan eût attendu un convive. C'est-à-dire que sur cette table, il y avait de quoi apaiser la fringale de trois ou quatre bons mangeurs. Pardaillan était ainsi prodigue et outrancier dès qu'il traitait quelqu'un.
Ce quelqu'un arriva enfin, et Pardaillan appelant une servante fit aussitôt renforcer l'éclairage par deux ou trois flambeaux. Alors, à la lumière plus vive qui inonda la chambre, le visiteur de Pardaillan—son convive—apparut, et ayant laissé tomber son manteau, montra les rudes moustaches et le front cicatrisé couturé de balafres, et le regard loyal du brave Crillon... c'était Crillon qui rendait visite à Pardaillan!