—Celle de me présenter au roi.
—Ah! par la mortboeuf, ce n'est pas trop tôt! fit Crillon avec un large sourire de bienveillance. Peu m'importent les motifs pour lesquels vous avez besoin de voir le roi. Il suffit que vous souhaitiez être présenté à Sa Majesté. Ce sera fait. C'est moi qui m'en charge. Seulement, je dois vous prévenir d'une chose... c'est que si vous ne connaissez pas le roi, le roi vous connaît parfaitement. Je lui ai dix fois raconté la manière dont vous m'avez aidé à sortir de Paris. Mordieu! ce fut un beau fait d'armes! Je vous vois encore levant haut votre rapière et donnant le signal de la marche en avant. Je vous entends encore crier: Trompettes, sonnez la marche royale!...
—Vous me voyez bien content de votre amitié, fit gravement le chevalier; bien content et bien honoré, car ce n'est pas en vain qu'on vous appelle le Brave Crillon. Donc, puisque cela vous agrée, je vous attendrai ce soir en mon hôtellerie dont vous voyez d'ici l'enseigne.
—L'hôtellerie du Château, fit Crillon; je connais cela; on y boit d'excellent Andrésy.
—A quelle heure vous attendrai-je?
—Mais entre le service de jour et le service de nuit, c'est-à-dire que je serai libre environ de six à sept heures du soir. Nous arrêterons le jour où vous désirez être présenté à Sa Majesté...
Là-dessus les deux hommes se serrèrent les mains, et Crillon continua sa ronde autour du château.
Cependant, Pardaillan était rentré à l'hôtellerie. Dans sa chambre, un homme l'attendait, assis auprès du feu qu'il regardait fixement, comme s'il eût cherché dans les braises ardentes un signe quelconque de sa destinée. Cet homme, c'était Jacques Clément. Il portait ce costume de drap noir que nous lui avons vu et qui lui donnait une sorte d'élégance funèbre. A l'entrée de Pardaillan. le moine releva vivement la tête et sourit.
—Savez-vous qui je reçois à dîner ce soir? fit Pardaillan.
—Comment le saurais-je, mon ami?