Les deux hommes déjeunèrent ensemble. Ou plutôt Pardaillan mangea pour deux. Quant à Jacques Clément, il était plongé en des idées funèbres, et bientôt, selon ce qui avait été convenu, il se retira dans sa chambre.
Pardaillan s'assit près du feu et se mit à méditer profondément. Il prenait des notes sur un morceau de papier; il raturait; il recommençait. Quand enfin il eut fini ce singulier travail, il relut avec un sourire de complaisance et murmura:
—Je crois que ce ne sera pas trop mal ainsi.
Ce que Pardaillan venait de méditer avec tant d'attention, c'était le menu du dîner du soir. Il appela donc l'hôte et lui donna les instructions nécessaires pour que ce menu fût exécuté scrupuleusement. Aussi, lorsque Crillon apparut, la table était toute dressée et servie.
—Ah! ah! s'écria le brave Crillon, il paraît que vous me voulez traiter comme un prince.
—Non pas, dit Pardaillan, car alors je ne me fusse pas mis en frais... Asseyez-vous donc ici, mon cher sire, le dos au feu, et moi là, devant vous.
Crillon obéit en prenant la place que lui indiquait Pardaillan. Nous n'en suivrons pas les péripéties, nous contentant de noter l'entretien des deux convives... En effet, en même temps que Crillon, bon mangeur, bon buveur, attaquait les victuailles, Pardaillan attaquait son hôte par ces mots jetés froidement et tout à coup:
—A propos, messire, vous savez qu'on veut tuer le roi?... On dirait que cela vous étonne?
—Cela ne m'étonne pas, mon digne ami; seulement, je dois vous prévenir que si on vous entend parler ainsi, et cette auberge est un nid à espions, votre tête sera fort menacée...
—On ne nous entendra pas, dit Pardaillan qui sourit; nous sommes parfaitement seuls. Or, si l'on veut tuer le roi, je ne veux pas que le roi soit tué!