—Ah! monsieur, s'écria le passeur, entièrement rassuré, ce ne fut pas de ma faute, allez, et je puis dire que j'ai eu bien peur pour vous, surtout quand j'ai entendu l'arquebusade. Mais j'espère, puisque vous voilà sain et sauf, que vous avez rejoint ces deux misérables?...

—Tiens! Comment sais-tu qu'ils étaient deux?...

—Je les ai aperçus, balbutia le passeur, interloqué.

—Ah! c'est juste. Eh bien, moi, je n'ai pu les voir et les deux scélérats m'ont échappé...

Entièrement rassuré, le passeur se mit à manoeuvrer, et Pardaillan s'assit sur un banc, très indifférent en apparence. Seulement, lorsque le bac fut à peu près au milieu du fleuve, c'est-à-dire à l'endroit même où cheval et cavalier avaient été précipités dans l'eau, Pardaillan se leva, marcha résolument sur l'homme, le poussa violemment par-dessus bord. Au même instant, il le saisit par le collet, et le maintint plongé dans l'eau jusqu'au cou.

—Grâce! cria le passeur, livide de terreur. Laissez-moi remonter, je ne sais pas nager!...

—Scélérat, avoue que tu as voulu me noyer...

—Non! gémit le passeur, fou d'épouvante.

Pardaillan lui plongea la tête dans l'eau, puis le retira à demi suffoqué.

—Avoue que tu connais ceux qui m'ont arquebusé!