XXXIX

LES FRAIS DE ROUTE DE PARDAILLAN

Pardaillan avait quitté Blois au moment où Henri III s'en approchait, revenant d'Amboise.

Le chevalier partait avec une sorte de joie d'allégement, sans remords. Il venait de régler deux vieux comptes de haine qui, pendant seize ans, avaient pesé sur sa vie: le duc de Guise tué en combat loyal, et Maurevert mort dans la forêt de Marchenoir.

Il se retrouvait. Il renaissait. Il respirait à pleins poumons la joyeuse ivresse de s'en aller libre, indépendant de tout et de tous, au seul gré de sa fantaisie.

Excitant donc parfois son cheval d'un appel de langue, il suivait la route qui, de Blois, allait à Beaugency, Meung et Orléans, par la rive droite de la Loire. Arrivé à Orléans, Pardaillan se dirigea tout droit sur l'hôtel d'Angoulême, et ce fut avec un battement de coeur qu'il approcha de la maison amie, où il allait revoir ce petit duc auquel il s'était si bien attaché, cette Violetta qu'il avait arraché à la mort, et cette poétique Marie Touchet, à laquelle il rattachait le charme de ses souvenirs de jeunesse.

C'était une maison de briques rouges à encadrement de pierre blanche, avec des balcons de fer forgé, aux courbes gracieuses.

Pardaillan mit pied à terre dans la cour; sur un signe que fit un suisse majestueux deux laquais s'élancèrent pour s'emparer de son cheval et le conduire aux écuries. Alors, seulement, le suisse de cet hospitalier logis s'enquit du nom du visiteur.

Le chevalier, sans répondre, regardait autour de lui, lorsque d'une porte surgit un être immense, porteur d'une superbe livrée toute galonnée, bouffi de graisse, avec des bras gros comme des cuisses, et des cuisses grosses comme des fûts de colonne. Cet être, en apercevant Pardaillan, ôta son chapeau, s'approcha en donnant tous les signes d'une respectueuse jubilation, et, d'une voix de basse-taille, s'écria:

—Dieu me pardonne!... Mais c'est M. le chevalier lui-même!...