Fausta avait pris place dans un fauteuil et, d'un signe, avait invité Pardaillan à s'asseoir également.

—Madame, dit le chevalier, il me semblait que les terribles expériences que vous venez de faire au-delà des Alpes avaient dû pour toujours arracher de votre pensée ce levain d'ambition qui vous ronge et vous tuera. A quoi bon se tant démener pour dominer, c'est-à-dire pour faire le malheur des autres? Je m'arrête, madame: j'aurais l'air de prêcher. De tout ce que vous venez de dire, je ne veux donc retenir qu'une chose: c'est que vous êtes ici, vous cachant, et proscrite... Je croyais que vous aviez fait votre paix avec Sixte?

Fausta secoua la tête avec une amertume désespérée.

—Entre Sixte et moi, dit-elle, c'est un duel à mort. J'ai cru un moment que tout était fini. Mais, en mettant le pied sur la terre d'Italie, j'ai compris que< j'étais toujours la petite-fille de Lucrèce, et que je ne pouvais rien oublier. Vaincue, soit, je l'ai été! Vaincue surtout parce que vous vous êtes trouvé sur mon chemin... Mais si vous n'étiez plus contre moi! Si vous étiez avec moi! Oh! je recommencerais la lutte... et, cette fois, je serais victorieuse...

Fausta s'arrêta un instant, comme pour attendre un mot, un signe d'approbation. Mais Pardaillan demeura glacial.

—Quant à Sixte, reprit Fausta, même si j'avais pour toujours renoncé à la lutte, il n'aurait pas, lui, renoncé à sa vengeance. Vous êtes-vous demandé pourquoi je ne vous ai pas attendu à Florence?

—Je ne me suis rien demandé, madame, vous m'attendiez à Rome, je suis venu à Rome... j'eusse été au bout du monde.

Si Fausta avait bien connu Pardaillan, cette banale hyperbole lui eût justement démontré la froideur du chevalier. Mais, tressaillant de joie, elle continua d'une voix ardente:

—Si ce que vous dites est vrai, je puis espérer encore. Nous pouvons, ensemble, accomplir de grandes choses. Mais, sachez d'abord que, si j'ai quitté Florence où je vous attendais, c'est que j'y étais traquée par les sbires de Sixte. A Florence, mon palais a été cerné, j'étais sur le point d'être prise... j'ai fui.

—Et c'est à Rome que vous avez cherché un refuge!...