A cet instant, c'est-à-dire moins de dix secondes après la disparition de Fausta, à cet instant où Pardaillan comprenait qu'il allait sombrer, à cet instant un bruit effroyable domina tous les tumultes, dans ce choc énorme de bruits qu'était l'incendie... L'escalier s'écroulait!...
Et, à ce moment où Pardaillan vacillait, où il sentait sa tête tourner et où le vertige de la mort s'emparait de lui, tout à coup il respira plus facilement, comme si un grand coup de vent eût dissipé la fumée... et il vit... oui, de l'autre côté de cet abîme de l'escalier écroulé, sur un pan de mur noirci, il vit une fenêtre dont les vitraux venaient de sauter, dont les châssis venaient de tomber en même temps que l'escalier... Pardaillan se pencha davantage: il calcula l'espace qui le séparait de cette fenêtre...
Ce fut un instant d'horreur indescriptible.
Pardaillan se défit de son épée, de son pourpoint et recula jusqu'à la porte de fer... Et il s'élança!... Il s'élança au moment où le jet des flammes montait en se tordant en spirales pourpres...
L'instant d'après, il se trouva accroché au rebord intérieur de la fenêtre...
Il avait franchi l'abîme! Il avait sauté! Comment? par quelle prodigieuse détente de ses muscles prodigieusement tendus, par quel élan de folie admirablement calculée?...
Il était sur la fenêtre...
Au dehors, à ses pieds, très loin, une foule énorme grouillait, et ce fut, à ses yeux, dans cette tragique seconde, le panorama sublime, exorbitant, mystérieux et flamboyant de Rome, des clochers, des coupoles, des colonnes, des temples aux arêtes de pourpre dans la nuit noire... En dedans, c'était la cage de l'escalier, la fournaise, le palais qui flambait, les torrents de fumée noire et rouge, les crépitements les tumultes de l'effroyable bataille du feu, les grondements de tonnerre des pans de murs qui s'abattaient... la fin, la destruction de ce qui avait été le Palais Riant!...
Pardaillan posa les pieds sur une large corniche qui régnait le long des fenêtres à l'extérieur. Il respirait à pleins poumons.
Adossé au mur brûlant, la face tournée vers le vide, il avançait de côté... il allait... il s'écartait du foyer central... de plus en plus, le sang-froid lui revenait... il ne regardait pas le vide, il ne regardait rien. Brusquement, il atteignit le tournant de la corniche, et, ayant jeté les yeux un instant à ses pieds, il vit qu'il dominait le Tibre...