Pendant près d'une demi-heure encore, les Guise attendirent, muets, terribles, immobiles et livides. Enfin, le duc de Guise se maîtrisa, les veines de ses tempes se dégonflèrent; ses yeux, striés de fibrilles sanglantes, reprirent leur éclat normal; le souffle rauque qui soulevait sa poitrine s'apaisa.
—Mes frères, dit-il alors, c'est un immense malheur qui nous frappe...
—D'autant plus que la situation va changer, puisque Valois promet les états généraux! dit le cardinal.
—Oui, et nous avons besoin de nous recueillir, d'examiner cette situation avec le courage et la froideur des gens dont la tête ne tient plus que par miracle sur les épaules.
—Bah! fit Mayenne, Paris sera toujours à nous!
—C'est vrai! Allez donc m'attendre au village de Latrape où mes gentilshommes doivent me rejoindre.
Là, nous saurons ce qui s'est passé, et nous pourrons alors parler de l'avenir avec plus de certitude.
Le cardinal et Mayenne firent un geste d'assentiment et, piquant leurs chevaux, s'éloignèrent sur la route de Paris.
Guise s'avança sur les ligueurs, essayant de donner à son visage l'expression d'un triomphe qui était bien loin de sa pensée.
—Mes bons amis, dit-il, nous venons de décider Sa Majesté à un acte qui est plus qu'une grande victoire pour Paris: le roi promet d'assembler les états généraux...