—Sire!... écoutez-moi. Je vais mourir. J'ai une heure de vie environ. C'est suffisant pour rédiger l'acte qui vous désigne pour mon unique successeur au trône de France!...

Et, saisissant la plume, il ajouta avec un sourire:

—Le roi va mourir... vive le roi!...

XLV

LA BONNE HÔTESSE

Pardaillan, comme nous l'avons dit, était entré dans Paris, et, grâce à la médaille que lui avait remise Jacques Clément, avait pu circuler. Il put parvenir jusqu'aux Deux-morts-qui-parlent, un cabaret qu'il avait autrefois fréquenté, lorsqu'il était tenu par la digne Catho. C'était une auberge de bas étage et très mal famée. Ribaudes et coupe-jarrets, telle était sa clientèle.

Il demeura deux jours enfermé là, riant et plaisantant avec les hôtes peu recommandables de l'endroit, et réfléchissant parfois à ce qu'il allait devenir.

Au fond, Pardaillan se sentait sollicité par deux résolutions qui ne le satisfaisaient ni l'une ni l'autre; la première, c'était d'accepter l'hospitalité qui lui avait été offerte à Orléans par Charles d'Angoulême et sa mère; la deuxième, c'était, comme il l'avait promis à Huguette, et comme il y songeait lui-même, d'aller se reposer à la Devinière. Il écarta promptement la première solution. Et, quant à la deuxième, il demeura en suspens.

Le matin du troisième jour, Pardaillan sortit à pied et s'en alla à la Devinière. Paris était en rumeur.

Une joie énorme éclatait par les rues. On dansait, on tirait des bombardes; les gens portaient des écharpes vertes, couleur d'espérance, qui avaient été distribuées par Mme de Nemours et sa fille, la duchesse de Montpensier... Cette joie, ces écharpes vertes, ces danses, ces clameurs, cette ivresse de tout un peuple, c'était Paris qui portait le deuil de la dynastie des Valois. Aux premiers cris qu'il entendit, Pardaillan comprit que c'était fait. On vendait des placards où était imprimé le portrait de Jacques Clément, martyr et sauveur du peuple.