Quand les juges se furent retirés, Myrthis s'agenouilla en sanglotant aux pieds de sa maîtresse et murmura:
—Quel horrible supplice! ô maîtresse, est-il possible!...
Fausta sourit, releva sa suivante, tira de son sein un médaillon d'or qu'elle ouvrit, et en montra l'interieur à Myrthis.
—Rassure-toi, dit-elle, je ne serai pas suppliciée; ils n'auront que mon cadavre; vois-tu ces grains? Un suffit pour endormir, et on dort plusieurs jours; deux endorment aussi, mais on ne se réveille plus; trois foudroient en un temps plus rapide que le plus rapide éclair, et on meurt sans souffrance.
—Maîtresse, dit Myrthis, vous morte, ma vie ne serait plus qu'une agonie; il y a trois grains pour vous et trois pour votre fidèle servante.
—Soit, dit simplement Fausta. Apprête-toi donc à mourir comme je vais mourir moi-même.
Fausta versa les trois grains de poison dans une coupe et trois dans une autre coupe. Myrthis s'apprêta à verser un peu d'eau dans les coupes... A ce moment, Fausta devint affreusement pâle, un tressaillement prolongé la secoua jusqu'au fond de son être, elle porta les mains à ses flancs, et un cri rauque, un cri où il y avait de l'angoisse, de la terreur, de l'étonnement, de l'horreur, jaillit de ses lèvres blanches...
—Arrête! gronda-t-elle. Je n'ai pas le droit de mourir encore!...
Les six grains de poison furent remis dans le médaillon d'or que Fausta cacha dans son sein.
Toute la nuit, Fausta parut s'interroger, écouter en elle-même, et, doucement, de ses mains, elle caressait ses flancs; et son visage exprimait tantôt un étonnement infini, tantôt un sombre désespoir, et tantôt une sorte de ravissement...